Orthographié d’une multitude de façons, le vaudou est une religion issue du royaume du Dahomey (actuel Bénin). S’il est très connu pour ses rites et coutumes, la beauté de l’art qui en découle demeure sous-estimée. Mais grâce à Cyprien TOKOUDAGBA, artiste contemporain africain, l’esprit du vaudou a su voyager au-delà des temples.

Cyprien TOKOUDAGBA, une fierté pour la culture dahoméenne
Né à Abomey (ville historique béninoise) en 1939, Cyprien TOKOUDAGBA s’est fait connaître à travers sa passion pour l’art contemporain africain. En plus du dessin, il développa des aptitudes au modelage en terre glaise puis à la sculpture en béton ou ciment. C’est ainsi qu’il devint « l’homme qui savait décorer ».
Les temples vaudous sont des espaces sacrés. Seule une poignée de personnes peuvent s’y aventurer. Mais, grâce à son talent et sans doute à son initiation à Tohossou (dieu des eaux terrestres), Cyprien fut sollicité pour la restauration d’un temple.
Alors que l’artiste béninois s’imprégnait de plus en plus des traditions et rites vaudou, son inspiration s’y enchaînait. Très vite, ce dernier se donna des libertés plus élargies dans son art.
De l’homme qui savait décorer à l’artiste international
Le franc succès de Cyprien TOKOUDAGBA ne s’est pas arrêté à la restauration de temples vodoun. En 1987, il fut nommé restaurateur au musée d’Abomey. Deux ans plus tard, André MAGNIN propulsa l’artiste contemporain africain à l’international.

André MAGNIN était commissaire d’exposition et spécialiste de l’art contemporain dans les cultures non occidentales. Grâce à lui, les œuvres de l’artiste furent simultanément présentées au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette lord de l’exposition « Magiciens de la terre » à Paris.
André MAGNIN ne s’est pas arrêté là. Il a également persuadé l’artiste contemporain africain d’utiliser la toile comme médium. C’est ainsi que Cyprien a attiré l’œil des collectionneurs d’art. À travers sa vision, il donnait une nouvelle vie à l’histoire du Bénin.
La carrière du peintre et sculpteur atteignit un autre niveau au Bénin en 2006. La Fondation Zinsou lui avait dédié une exposition nommée « Dahomey, rois et dieux ». À cette occasion, l’art contemporain africain a vu naître 64 peintures originales, 10 sculptures et même un temple.
Cet événement augmenta la cote de popularité de l’artiste contemporain africain. Selon Marie-Cécile ZINSOU, le travail de cet homme permettait au Bénin de rester connecté à son histoire. En ce qui concerne l’écrivain togolais Kangni Alem, les ouvrages de Cyprien relevaient « du mystère de la tradition ».
2012, une année marquante pour l’art contemporain africain
A la suite de plusieurs mois de maladies, Cyprien TOKOUDAGBA rendit l’âme le 5 mai 2012. Pour le monde de l’art contemporain africain, son départ est comparable à l’effondrement d’un monument vivant. Il adhèrerait sans doute à cette assertion, car il avait longtemps prétendu être né en 1954 pour éviter sa retraite.

L’homme est décédé, mais pas l’artiste. Chez lui, il avait fondé son propre musée, un monument devenu temple. Toujours selon Marie-Cécile ZINSOU « Ce qu’il faisait à Abomey, il pensait être le seul capable de le faire. Dieu lui avait confié cette tâche ». Et elle avait peut-être raison parce que malgré son décès, Cyprien demeure l’un des artistes contemporains africains les plus insignes. La Biennale du Bénin garde d’ailleurs son talent remarquable en mémoire.
